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La Grande-Allée
BELLE DE JOUR
Aucun monument, ni aucun édifice ne représente mieux la ville de Québec que la Grande-Allée. Porte d’entrée menant au cœur du Vieux-Québec, elle affiche sa fière allure depuis les débuts de la colonie. C’est en quelque sorte une «voie royale» qui guidera le visiteur vers le Parlement, la Citadelle et le Château Frontenac, en empruntant la rue Saint-Louis.
Lucie Garneau
Pour les citoyens de Québec, la Grande-Allée, c’est la partie sise entre l’Hôtel Loews Le Concorde et la Porte Saint-Louis, même si elle s’étire plus loin vers l’ouest. Très fréquentée par ses résidants et les touristes, les soirs de beau temps, la rue a récemment subie des transformations majeures dans le but d’en faire une artère piétonnière et certaines fins de semaine, elle devient une immense terrasse. Des événements du Festival d’été de Québec s’y dérouleront d’ailleurs cet été.
UN HAPPENING
Jadis rue paisible habitée par la bourgeoisie de Québec, la Grande-Allée présente aujourd’hui un visage animé grâce aux hôtels, restaurants et boîtes de nuit qui y ont pignon sur rue, mais aussi à cause de la circulation…piétonnière. Déambuler sur cette artère bordée d’arbres majestueux constitue presque un happening. Descendre et remonter la rue plusieurs fois en se frayant un chemin parmi les promeneurs, lorgner les belles tenues vestimentaires, goûter des yeux les plats servis sur les nombreuses terrasses, échanger avec une connaissance rencontrée par hasard… bienvenue à Québec.
Après cette activité pédestre, l’envie vous vient d’inverser les rôles et de vous asseoir à votre tour à une de ces terrasses pour déguster une bonne bière froide et, pourquoi pas, prolonger le plaisir par un repas en bonne compagnie. Le choix ne manque pas : de la cuisine rapide à la haute gastronomie, chacun y trouve son compte. En soirée, l’atmosphère change pour devenir encore plus animée avec ce va-et-vient entre les discothèques et les bars avoisinants. Pour aller dans un club, nul besoin de voiture, au pire, vous n’avez qu’à traverser la rue. Un peu plus et on se penserait sur la rue Bourbon à la Nouvelle-Orléans.
Haut lieu du «night life» de Québec, la Grande-Allée possède aussi son lot de découvertes pour le visiteur qui veut prolonger son séjour. Sur une distance d’environ 300 m, à deux pas des murs, on peut plonger au cœur du passé de la ville en visitant les plaines d’Abraham, la Citadelle et le Parlement. Avant de partir à la conquête des lieux, rendez-vous à l’Observatoire de la Capitale, le plus haut sommet de la ville, à 221 m d’altitude. Situé à deux pas de la Colline parlementaire et un pas de la Grande-Allée, le fleuve Saint-Laurent, les Laurentides et le Vieux-Québec, bref 400 ans d’histoire s’agitent sous vos yeux en plein cœur de la ville. Artéfacts, visites commentées et expositions surprenantes en prime.
DES MURS QUI PARLENT
Parlant de découvertes, La Maison de la découverte administrée par la Commission des champs-de-bataille nationaux présente l’exposition multimédia Odyssée Canada, l’histoire du Canada, sur le lieu même de la naissance du pays, les plaines d’Abraham. Jacques Cartier, les généraux Montcalm et Wolfe et une trentaine de personnages s’animent pour vous faire vivre des événements historiques, de la naissance de la Nouvelle-France jusqu’à la tourmente des grandes batailles, en remontant l’histoire du berceau du Canada jusqu’à la vocation actuelle du parc, l’un des plus prestigieux au monde. Tout juste derrière le bâtiment, directement sur les Plaines, une petite randonnée vous mènera jusqu’au somptueux Jardin Jeanne d’Arc, où vous pourrez admirer 200 espèces et variétés de plants, 50 000 plantes annuelles, bisannuelles ou vivaces. Alliant le style classique français et la spontanéité des plates-bandes mixtes à l’anglaise, le jardin fait la renommée du parc depuis 1938.
Immédiatement après la Porte Saint-Louis, tout juste à l’intérieur des murs, un petit chemin étroit donne accès à la Citadelle de Québec, la plus importante des fortifications érigées au Canada par les Britanniques. Construite sur une période de trente ans, elle comprend de nombreux édifices très bien conservés, dont la résidence du Gouverneur général et le Musée du Royal 22e Régiment. Le musée vaut à lui seul le prix d’entrée. Il comprend une vaste collection d’objets militaires couvrant une période de 300 ans, dont des uniformes, des armes et des manuscrits signés par Montcalm et le gouverneur Murray. Une autre collection porte sur l’histoire du régiment, depuis sa création en 1914 jusqu’aux missions de maintien de la paix menées sous l’égide de l’ONU. Des visites guidées des bâtiments, y compris la résidence du Gouverneur général, sont offertes tous les jours.
Depuis de nombreuses années, les touristes sont attirés par un spectacle impressionnant sur les hauteurs de la Citadelle : la Relève de la Garde. Dès le 24 juin, tous les jours de la semaine à 10h, les militaires, dans leur tenue rouge et noir, procèdent à cette cérémonie, accompagnés de la célèbre mascotte, le bouc Batisse. En fin de journée, les vendredis, samedis et dimanches seulement, la Retraite de la Garde permet d’être témoin de la descente du drapeau au son de la musique militaire. Du haut de ce promontoire, la vue sur la ville est spectaculaire.
Directement en face des murs, l’édifice du Parlement se dresse majestueusement, coin Grande-Allée et Honoré-Mercier. Ici, il n’y a pas que les murs qui parlent. Les visiteurs peuvent d’ailleurs entendre nos élus dans la Salle de l’Assemblée nationale, lorsqu’il y a session parlementaire. Des visites commentées font découvrir les trésors architecturaux de cet édifice achevé en 1886, sur le modèle du musée du Louvre. Vous verrez la galerie des présidents et ses immenses tableaux ainsi que les splendides boiseries du hall principal. Avant de quitter, cassez la croûte au restaurant Le Parlementaire où des visages vous seront peut-être familiers. En quittant, prenez le temps d’admirer les statues ornant la façade de l’édifice.
BELLE DE NUIT
Un coin de rue, 30 restaurants, 500 tables, 2 000 places assises. Tel se veut le portrait culinaire de la Grande-Allée, entre la Place Georges V, en face du Manège militaire et la Place du Général-de-Montcalm, voisine de l'Hôtel Loews Le Concorde. Les Champs Élysées de Québec!
Pierre Champagne
Pour ceux qui ont moins de 30 ans, ce quart de kilomètre fut de tout temps un des plus grands carrefours gastronomiques de la Capitale nationale. On peut y déguster presque toutes les gastronomies du monde.
GATRONOMIE DU MONDE
L'histoire culinaire de la Grande-Allée débute juste après la guerre, en 1945, lorsque le Château Laurier y aménage un restaurant qui a pour nom Le Fleur-de-Lys, qui porta plusieurs nom par la suite. En 2003, un chef d’origine française bien connu dans la région de Québec, Jacques Le Pluart, devait y relancer son restaurant de grande classe, La Closerie, qu'il avait tenu pendant des années à Sillery. C'est beaucoup plus tard, en 1972, que débutera la véritable aventure gastronomique de la Grande-Allée avec l’ouverture du Bonaparte. Ce restaurant haut de gamme devient rapidement le préféré des politiciens et des hauts fonctionnaires de la colline parlementaire. On y trouve des voûtes exceptionnelles. La maison, toujours bien fréquentée, est particulièrement fière de la Golden Fork Award, une distinction culinaire qui lui a été remise par la Gourmet Diners Society of North America. C'est sans doute pour cette raison que Le Bonaparte est maintenant très fréquenté pour des touristes qui viennent de tous les coins de l'Amérique du Nord, particulièrement de la Nouvelle-Angleterre.
À peu près à la même époque, l'ingénieur Gilles Verreault inaugure son restaurant Les Vieux -Canons du même coté de la rue, deuxième voisin. On ne peut pas passer sous silence l'apport de ce bel établissement, aménagé dans une grande demeure au style bien particulier, presque martial. On y compte aujourd'hui plus de 300 places. C'est toujours la première terrasse à ouvrir ses tables, très tôt le printemps, et la dernière à les fermer, en novembre. La table est bonne mais le commerce est surtout renommée pour ses immenses flûtes de bière, ses troubadours tziganes qui égaient l'atmosphère de la terrasse durant l'été, ses fauteuils très confortables à l'intérieur, ses huit foyers et... la plus belle cave à vin de la Grande-Allée, peut-être même de la ville de Québec, bien cachée dans les voûtes de la maison, mais accessible aux visiteurs sur demande. Demandez, ça vaut la peine. À rendre jaloux le président de la SAQ !
C'est le 1er juin 1974 que l’Hôtel Loews Le Concorde devait officiellement ouvrir ses portes, avec un ascenseur panoramique extérieur et un restaurant rotatif, L'Astral qui, avec ses buffets gastronomiques renommés et surtout, surtout, l'extraordinaire panorama qu'il offre gratuitement à tous les clients, devient le chouchou des épicuriens. On peut y asseoir et y faire tourner 220 clients très confortablement. L'ouverture du Concorde et ses 404 chambres apportera, sur la Grande-Allée, une nouvelle clientèle touristique qui servira de catalyseur au développement de la restauration dans le quartier.
En mai 1981, il y a 25 ans cette année, Antoine Xenopoulos quittait le Hilton pour inaugurer son restaurant, le Louis-Hébert, dans ce qui était auparavant une auberge touristique qui portait le nom de La Petite Maison Blanche. L’auberge existe toujours, sous le nom de Louis-Hébert, comme le restaurant qui est rapidement devenu un des meilleurs de la Grande-Allée. Belle cuisine d'inspiration continentale et grand service, d'inspiration hiltonienne. Si le propriétaire est d'origine grecque, la cuisine elle est internationale avec une belle touche française saupoudrée de produits du terroir québécois.
À la fin de l’année 1983, Gilles Laberge, le propriétaire de la discothèque Chez Dagobert, s’associe à Michel Caretti, à Piero Pierrolo et à Guy Parent pour ouvrir le Paris-Brest, dans le sous-sol de l'édifice abritant la disco la plus connue de Québec, Chez Dagobert. Cuisine bourgeoise de belle qualité et décor impressionnant pour un restaurant situé sous le niveau de la terre et sans aucune fenestration. Le professionnalisme de Michel Caretti et de son équipe en font une des meilleures tables de la rue.
Mentionnons enfin le complexe Chez Maurice qui abrite la Société Cigare, le Cosmos Café, le Voo Doo Grill, le Charlotte et le Maurice Night Club, dans ce beau, grand et superbe manoir qui abritait autrefois le siège social de l'Union nationale, le Club Renaissance dont le «cheuf» s'appelait Maurice justement. Un «must» à Québec. Un arrêt obligatoire pour toutes les vedettes, les sportifs et les amateurs de joie de vivre en soirée. Le Voo Doo Grill vient tout juste de changer de chef. Le nouveau patron de la cuisine, Raymond Forgues était là depuis le début avec un autre chef de formation, Denis Pelletier, un ancien de chez Serge Bruyère.
La cuisine du Voo Doo Grill est aussi exotique que la décoration du restaurant essentiellement axée autour de grandes scluptures africaines illustrant le statuaire voudouesque. Des exclusivités savoureuses comme le filet mignon de boeuf royal au café noir, le saumon sauvage du Nunavit, le risotto de lapin frais ou la lasagne des Madelinots au homard et pétoncles, gratin au Perron. De véritables inspirations culinaires, créées par un triumvirat de cuisiniers professionnels qui excelle dans l'art de faire évoluer la cuisine. À preuve, le filet mignon de boeuf et sa tatin forestière aux pleurotes des neiges. Pas mal comme produit du terroir.
Puis il y a tous les autres, les américains comme le Burger King, le Subway et le McDonald qui font des affaires d'or à la fermeture des bars et des discothèques. Des québécois comme le Ashton ont le même succès avec la même formule de restauration rapide. Vous y découvrirez également un restaurant spécialisé dans les crêpes bretonnes. Le Petit Coin Breton, qui était là au tout début, un bon restaurant italien, Le Rivoli, qui offre autre chose que des pizzas et des pâtes et un beau petit restaurant asiatique, l'Asia, qui se spécialise dans la gastronomie thaïlandaise. Les amateurs de bonne chère peuvent aussi compter sur une sympathique table mettant en vedette les produits de l'Arabie, Al Wadi et un resto-grill qui se spécialise dans les grillades, La Maison du Steak.
Belle de jour, belle de nuit, belle tout l’été !
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